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Urbain II - 1096 - l'appel de Clermont

« Comme la plupart d'entre vous le savent déjà, un peuple venu de Perse, les Turcs, s'est avancé jusqu'à la mer Méditerranée, au détriment des terres des chrétiens. Beaucoup sont tombés sous leurs coups ; beaucoup ont été réduits en esclavage. Ces Turcs détruisent les églises ; ils saccagent le royaume de Dieu. Aussi je vous exhorte et je vous supplie - et ce n'est pas moi qui exhorte, c'est le Seigneur lui-même -, vous, les hérauts du christ, à persuader à tous, à quelque classe de la société qu'ils appartiennent, cheval piétons, riches ou pauvres, par vos fréquentes prédications, de se rendre à temps au secours des chrétiens et de repousser ce peuple néfaste loin de nos territoires. Je le dis à ceux qui sont ici, je le demande à ceux qui sont absents : le christ l'ordonne.
« A tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur les terres ou sur mer ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs péchés sera accordée. Et je l'accorde à ceux qui participeront en voyage, en vertu de l'autorité que je tiens de Dieu.

« Quelle honte, si un peuple aussi méprisé, aussi dégradé, esclaves, démons, l'emportait sur la nation qui s'adonne au culte de Dieu et qui s'honore du nom de chrétienne ? Quels reproches le Seigneur lui-même nous adresserait si vous ne trouviez pas d'hommes qui soient dignes, comme vous du nom de chrétiens.
« Qu'ils aillent donc au combat contre les infidèles, ceux-là qui jusqu'ici s'adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des fidèles. Qu'ils soient désormais des chevaliers du christ, ceux-là qui n'étaient que des brigands ? Qu'ils luttent maintenant, à bon droit, contre les barbares ceux-là qui se battaient contre leurs frères et leurs parents ! Ce sont les récompenses éternelles qu'ils vont gagner ceux qui se faisaient mercenaires pour quelques misérables sous. Ils travailleront pour un double honneur, ceux-là qui se fatiguaient au détriment de leur corps et de leur âme.
Ils étaient ici tristes et pauvres : ils seront là-bas joyeux et riches. Ici, ils étaient les ennemis du Seigneur ; là-bas, ils seront ses amis.
« Que ceux qui voudront partir ne tardent pas. Qu'ils louent leurs biens, se procurent ce qui sera nécessaire à leurs dépenses, et qu'ils se mettent en sous la conduite de Dieu, aussitôt que l'hiver et le printemps seront passés

En haut, Saint Louis part à la croisade. Ci-dessus, L'assaut de Jérusalem par les croisés.

Les Français sont les plus nombreux


Devant Antioche, après un très long périple, les croisés, soldats de Dieu (milites dei), vêtus de leur tunique marquée d'une croix, se livrent à un siège interminable. Les troupes chrétiennes n'arrivent devant Jérusalem qu'en juillet 1099 et c'est un véritable carnage (l'Irakien Ibn al-Athîr témoigne par ses mots "Les Francs massacrèrent plus de 70 000 musulmans dans la mosquée d'al-Aqsa").

Les croisades vont se succéder en 1146, 1189, 1202, 1215, 1223, 1245, 1270. Lors de cette ultime croisade, Saint-Louis meurt à Tunis ("Nous irons en Jérusalem" aurait-il murmuré avant de rendre son âme).

Les croisés arrivent à Jérusalem (Vu dans "Les collections de L'histoire")


Et nous, exultant d'allégresse, nous parvînmes jusqu'à la cité de Jérusalem, le mardi, huit jours avant les ides de juin [6 juin, en fait le mardi 7 juin], et nous l'assiégeâmes admirablement. Robert de Normandie l'assiégea du côté nord, près de l'église du premier martyr saint Étienne. [. . .] A l'ouest ce furent le duc Godefroy et Tancrède qui l'assiégèrent. Le comte de Saint-Gilles l'assiégea au midi, sur la montagne de Sion, vers l'église de sainte Marie, mère de Dieu, où le Seigneur célébra la Cène avec ses disciples.

Le troisième jour Raymond Pilet et Raymond de Turenne, et plusieurs autres, désireux de combattre, se détachèrent de l'armée. Ils rencontrèrent deux cents Arabes, et ces chevaliers du Christ bataillèrent contre ces incrédules ; Dieu aidant, ils eurent le dessus, en tuèrent un grand nombre et saisirent trente chevaux.

Cependant l'armée commençait à souffrir horriblement de la soif. Les environs de Jérusalem sont arides et dépourvus d'eau, et on ne trouve qu'à une assez grande distance quelques ruisseaux, fontaines ou puits contenant des eaux vives. [... ]

Pendant ce siège, nous endurâmes le tourment de la soif à un point tel que nous cousions des peaux de boeufs et de buffles dans lesquelles nous apportions de l'eau pendant l'espace de six milles. L'eau que nous fournissaient de pareils récipients était infecte et, autant que cette eau fétide, le pain d'orge était pour nous un sujet quotidien de gêne et d'affliction. Les Sarrasins tendaient des pièges aux nôtres en infectant les fontaines et les sources. [...]

Nos seigneurs étudièrent alors les moyens d'attaquer la ville à l'aide de machines, afin de pouvoir y pénétrer pour adorer le Sépulcre de notre Sauveur. On constuisit deux châteaux de bois [tours de siège mobiles depuis lesquelles les assaillants bombardent la ville assiégée] et pas mal d'autres engins. Les Sarrasins, voyant les nôtres construire ces machines, fortifiaient admirablement la ville et renforçaient les défenses des tours pendant la nuit.

Puis nos seigneurs, ayant reconnu le côté le plus faible de la cité, y firent transporter dans la nuit du samedi [9/10 juillet] notre machine et un château de bois : c'était à l'est [au nord-est, entre la porte d'Hérode et la tour des Cigognes] : le fossé y était peu profond. [...] Le mercredi et le jeudi [13 et 14 juillet], nous attaquâmes fortement la ville de tous les côtés. [...]

Le vendredi [15 juillet], de grand matin, nous donnâmes un assaut général à la ville sans pouvoir lui nuire ; et nous étions dans la stupéfaction et dans une grande crainte. Puis, à l'approche de l'heure à laquelle Notre Seigneur Jésus-Christ consentit à souffrir pour nous le supplice de la croix [neuf heures du matin ou midi, les historiens divergent], [...] l'un de nos chevaliers, du nom de Liétaud, escalada le mur de la ville. Bientôt, dés qu'il fut monté, tous les défenseurs de la ville s'enfuirent des murs à travers la cité, et les nôtres les suivirent et les pourchassèrent en les tuant et les sabrant jusqu'au temple de Salomon [la mosquée al-Aqsa], où il y eut un tel carnage que les nôtres marchaient dans le sang jusqu'aux chevilles.

De son côté, le comte Raymond, placé au midi, conduisit son armée et le château de bois jusqu'au mur. Mais entre le château et le mur s'étendait un fossé, et l'on fit crier que quiconque porterait trois pierres dans le fossé aurait un denier. Il fallut pour le combler trois jours et trois nuits. Enfin, le fossé rempli, on amena le château contre la muraille. A l'intérieur les défenseurs se battaient avec vigueur contre les nôtres en usant du feu [le feu grégeois] et des pierres. Le comte, apprenant que les Francs étaient dans la ville, dit à ses hommes : "Que tardez-vous ? Voici que tous les Français sont déjà dans la ville."

L'amiral qui commandait la tour de David [forteresse gardant la porte de Jaffa, à l'ouest] se rendit au comte et lui ouvrit la porte [de Jaffa] à laquelle les pèlerins avaient coutume de payer tribut.

Entrés dans la ville, nos pèlerins poursuivaient et massacraient les Sarrasins jusqu'au temple de Salomon, où ils livrèrent aux nôtres le plus furieux combat pendant toute la journée, au point que le temple tout entier ruisselait de leur sang. Enfin, après avoir enfoncé les païens, les nôtres saisirent dans le Temple un grand nombre d'hommes et de femmes, et ils tuèrent ou laissèrent vivant qui bon leur semblait. Au dessus du temple de Salomon s'était réfugié un groupe nombreux de païens des deux sexes, auxquels Tancrède et Gaston de Béam avaient donné leurs bannières. Les croisés coururent bientôt par toute la ville, raflant l'or, l'argent, les chevaux, les mulets et pillant les maisons qui regorgeaient de richesses.

Puis, tout heureux et pleurant de joie, les nôtres allèrent adorer le Sépulcre de notre Sauveur Jésus et s'acquittèrent de leur dette envers lui. »

(Histoire anonyme de la première croisade, 37-38, trad. Louis Bréhier, Paris, Les Belles Lettres, 1964.)

Saint Louis meurt à la croisade
D'après Alphandéry, Dupront, La chrétienté et l'idée de croisade




Saint Louis embarqua le 4 juillet 1270, à Aigues-Mortes, après avoir intimé à son frère Charles d'Anjou de venir le rejoindre, mettant ainsi en échec la politique tenace du prince sicilien contre l'empereur de Constantinople, qu'il s'apprêtait à attaquer. Mais où donc devaient se rencontrer les forces du roi de France et de son frère, le fondateur de la dynastie angevine ? Devant Tunis. Séductions d'une politique missionnaire ou habiletés du sultan de Tunis, d'accord avec Bibars pour détourner vers lui la Croisade et l'épuiser ? Il est certain que le roi de France fut joué dans la pureté de sa ferveur de soldat du Christ. Lui-même d'ailleurs était toute la Croisade : lorsqu'il est emporté par la peste, le 25 août 1270, Charles d'Anjou, devenu le chef, s'empresse de conclure avec le sultan de Tunis un traité avantageux pour le royaume des Deux-Siciles, et, trois mois après, le nouveau roi de France, Philippe le Hardi, et les autres princes s'embarquent pour la France, déclarant remettre à trois ans l'accomplissement de leur voeu. La Croisade est finie, à peine commencée, en dépit des efforts généreux d'Edouard d'Angleterre.

Saint Louis meurt à la croisade
D'après Le Goff, propos tenus par Geoffroy de Beaulieu


Quand nous lui montrions le sacrement de l'extrême-onction en récitant les sept psaumes avec la litanie, lui-même récitait les versets des psaumes et nommait les saints dans la litanie, invoquant très dévotement leurs suffrages. Alors qu'à des signes manifestes il s'approchait de la fin, il n'avait pas d'autre souci que les affaires de Dieu et l'exaltation de la foi chrétienne. Comme il ne pouvait plus parler qu'à voix basse et avec peine, à nous, debout autour de lui et tendant l'oreille vers ses paroles, cet homme plein de Dieu et vraiment catholique disait : " Essayons, pour l'amour de Dieu, de faire prêcher et d'implanter la foi catholique à Tunis. Oh quel prédicateur capable pourrait-on y envoyer ! " Et il nommait un frère Prêcheur qui y était allé en d'autres circonstances et était connu du roi de Tunis. C'est ainsi que ce vrai fidèle de Dieu, ce constant et zélé pratiquant de la foi chrétienne, acheva sa sainte vie dans la confession de la vraie foi. Comme la force de son corps et de sa voix déclinait peu à peu, il ne cessait pourtant de demander les suffrages des saints auxquels il était spécialement dévot, autant que ses efforts lui permettaient de parler, et surtout saint Denis, patron particulier de son royaume. Dans cet état, nous l'avons entendu répéter plusieurs fois dans un murmure la fin de la prière que l'on dit à Saint-Denis : " Nous te prions Seigneur, pour l'amour de toi, de nous donner la grâce de mépriser la prospérité terrestre et de ne pas craindre l'adversité." Il répéta plusieurs fois ces paroles. Il répéta aussi plusieurs fois le début de la prière à saint Jacques apôtre : "Sois, Seigneur, le sanctificateur et le gardien de ton peuple", et rappela dévotement la mémoire d'autres saints. Le serviteur de Dieu, allongé sur un lit de cendres répandues en forme de croix rendit son souffle bienheureux au Créateur ; et ce fut à l'heure précise où le fils de Dieu pour le salut du monde expira en mourant sur la croix .

Motivation de la croisade des enfants
D'après Alphandéry, Dupront, La chrétienté et l'idée de croisade



Pour la plupart, la chose est nette : c'est une machination de Satan. La preuve, pour ces logiciens de l'évidence, s'établit aisément : l'échec de la tentative ou le désastre des retours manifestent l'absence de Dieu, donc l'astuce du Malin. De causes plus précises, il n'est guère proposé. Roger Bacon, en découvrant comme puissance de ces étranges départs l'influence magique d'un homo malignus, n'explique pas davantage - hanté peut-être par l'exemple du Maître de Hongrie, le chef des Pastoureaux de 1251, qu'il rapproche d'ailleurs, avec beaucoup de pénétration historique, des enfants de 1212. Seul, l'annaliste de la Chronique de Saint-Médard de Soissons, qui écrit quelque cinquante ou soixante ans après les événements, saisit, mieux qu'une explication, une correspondance qui ramène le miracle à un ordre. Certains affirment, écrit-il, qu'avant que ne se produisît cet étrange départ d'enfants, de dix ans en dix ans, des poissons, des grenouilles, des papillons, des oiseaux étaient partis de la même façon, chacun selon l'ordre et la saison de son espèce. Les départs singuliers s'intègrent dans un rythme de vie cosmique. Rarement, dans l'analyse de l'idée de Croisade l'événement a mieux livré sa signification.